Ali Maimoun

Quoi ?......Tout.


« Avant j’étais berger, puis maçon, et maintenant je me définis comme un artiste » Ali Maimoun, juin 2011


Par cette simple évocation des métiers qu’il a exercés, Ali Maimoun trace un chemin et nous apprend qu’il estime avoir en tant qu’artiste une tâche à accomplir. Il nous présente aussi son art, né du rêve et de la nature, mais nullement évanescent ou chimérique car empreint de l’esprit du bâtisseur. La force et la présence exprimées par ses œuvres sont ainsi comparables à celles d’un menhir dressé en plein champ!

Ali Maimoun peint depuis une vingtaine d’années, il est souvent cité dans la lignée de Boujemaa Lakhdar aux côtés de Saïd Ouarzaz, Mohamed Tabal, Abdelmek Berhiss que le collectionneur et amateur d’art danois, Frederic Damgaard, a beaucoup contribué à faire connaître.

Art tribal, art aux accents africains et berbères, art magique et onirique, art des transes rituelles : l’art de Maimoun est plus ou moins tout cela, et plus encore, car ses tableaux et ses sculptures contiennent avant tout ce qui ne se dit pas.

Ali Maimoun ne suggère pas un ailleurs imaginaire, il donne à voir sans hiérarchie et sans ordre apparent la totalité du monde dans ses dimensions tant physiques que spirituelles. Sa peinture révèle les liens invisibles qui unissent la nature animale et humaine avec le ciel et la terre. Elle s’affirme dans son étrangeté familière avec la frontalité d’une apparition.

Ali Maimoun peint avec une constance sans cesse renouvelée des créatures massives à pieds d’éléphant et à corne de bélier affublées d’une myriade de bestioles envahissantes et goulues.

Les formes animales et humaines s’engloutissent et s’engendrent dans un mouvement frénétique et programmé. Les multiples lézards et salamandres fonctionnent comme les cellules ou comme le squelette vivant de grands totems zoomorphes.

Ces créatures parfois double sont peut-être des hommes ou des guerriers masqués qui entament une danse rituelle, ou bien sont d’étranges manifestations de la présence du grand ancêtre qui protège et permet la renaissance.

Ali Maimoun crée ainsi un espace saturé de couleurs et de motifs, puissamment dirigé par des forces qui animent et relient ces organismes multiformes. L’espace construit par la peinture n’a ni profondeur, ni perspective, mais il est fortement dirigé et orienté.

Il n’y a pas d’échappatoire, pas de ligne de fuite, mais cela n’est pas nécessaire puisque tout est là, et ce tout est acceptable et bénéfique parce qu’il ne contient aucune dualité tragique. Il s’agit donc de se confronter à cette totalité, de devenir pourquoi pas le diable, de revêtir ses habits et ses attributs pour qu’il disparaisse ou pour vivre avec lui en bonne intelligence, et en toute quiétude!

Tous les esprits sont convoqués par la peinture, et l’œil est partout. Cet œil ne regarde pas, ne juge pas, il protège. Cet œil multiple et vivant est peut-être celui du guide tutélaire détenteur du savoir secret qui structure et organise le monde.

Au travers et autour de ces créatures hallucinées et espiègles, fruit d’une réalité transfigurée par la mémoire et l’imaginaire, s’exprime alors une force vitale puissante et génitrice.


Comment ?.......par le contraste harmonieux des couleurs et des formes.


La couleur peut être vive et intense comme le soleil, profonde comme la mer, et aussi pâle et délicate que les fleurs d’amandiers. Le rose est pastel ou fuchsia, le rouge est orangé ou carmin, le vert des frondaisons peut être aussi tendre qu’une pousse printanière, le blanc rassure, le jaune blanchi du blé devient ocre et chaleureux.

Si ces couleurs évoquent la nature, elles renvoient aussi aux peintures vives et franches apposées sur les volets et les portes des maisons ou sur les carènes des bateaux de pêche.

L’harmonie qui résulte de ces couleurs contrastées produit un effet visuel et esthétique saisissant. La peinture devient alors aussi chatoyante qu’une tapisserie de velours chamarrée.

La matière quant à elle est rugueuse comme l’écorce d’un arganier, et aussi lisse que la plus fine des laques chinoises.

Les formes évoquent entremêlées et superposées des chèvres, des oiseaux, des béliers, des éléphants, des gazelles, des salamandres, des cobras, des scorpions, des taureaux, des vaches….Ali Maimoun rend hommage à la nature qu’il connait, celle notamment de sa campagne environnante, entourée des forêts de thuyas et d'arganiers.

Peinture sculptée ou sculpture peinte, les arts et les techniques s’associent et fusionnent dans une œuvre compacte et unique : le relief du tableau, c’est de la sciure de bois mélangée à la colle et au pigment ; le cadre ne délimite pas le tableau, il agit comme un prisme posé sur une réalité plus vaste qui le déborde, il participe de la danse, il est frise, farandole ; l’ornement fait partie de la peinture ou de la sculpture ; le motif pointillé crée le contour de la forme.

Maimoun finalement ne crée pas, il révèle par son art, comme dans les peintures rupestres, les formes préexistantes de l’espace à construire.

Sa peinture capte notre regard et nous projette dans un monde que nous ne voyons pas, ou plus.

Par sa vision, Maimoun donne une empreinte, laisse une trace de ce monde invisible des origines et de ce savoir immémorial qui s’expriment dans le cycle ininterrompu et immuable de la nature.


Catherine Conil,

Octobre 2011 pour l'exposition Traces, Galerie Delacroix, Institut de France

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